Posts Tagged ‘Télévision’


Les ados d’aujourd’hui sont nés avec ces technologies de la connectivité qui bouleversent notre monde. Pour eux par exemple, vivre sa vie sociale sur un écran d’ordinateur c’est aussi normal que de faire jaillir la lumière au simple toucher d’un interrupteur.

J’ai la chance d’avoir accès à un laboratoire d’observation fascinant grâce à mon propre échantillon maison d’ado tout à fait typique. Mon ado maison fait partie de la génération de la dernière lettre de l’alphabet, la génération Z (aurait-on atteint la fin des générations?). Elle possède un ordinateur portable, un iPod dernière génération et surtout un compte Facebook depuis plusieurs années (oui, depuis avant ses 13 ans, et je l’ai laissée faire…) et plus de 800 amis.

Récemment, mon ado maison m’a donné l’occasion d’observer le rapport de la génération Z avec la télévision.

Un deuxième écran pour la télévision? Pourquoi pas trois ou quatre?

Ado Maison suit les Jeux Olympiques religieusement. Elle s’intéresse particulièrement aux épreuves de gymnastique artistique parce qu’elle a déjà pratiqué cette discipline elle-même. La gymnastique a ceci de particulier que les athlètes font une rotation autour de  quatre appareils et que le tout se déroule en même temps. Jeudi dernier, Ado Maison a suivi son idole  Gabrielle Douglas et les autres membres de l’équipe américaine grâce à quatre écrans: le téléviseur, son ordinateur portable, son iPod et mon iPhone, le tout en textant ses commentaires sur son téléphone ou en les écrivant via Facebook à ses copines elles aussi branchées devant de multiples écrans.

Elle a ainsi pu suivre les performances qu’elle voulait voir en direct plutôt que d’attendre de les voir selon une séquence proposée par la télévision. Elle a en quelque sorte produit sa propre émission de télévision, tout en divisant son attention sur tous ces écrans.

De mon poste d’observation, j’ai entrevu l’avenir de la télévision telle qu’elle sera consommée par cette génération: multi-écran, sociale et connectée.

Mais surtout, j’ai compris que cette génération maîtrise déjà un nouveau langage qui codifie la réalité autrement.

Cette dernière observation, je l’emprunte à Edmund Carpenter, un anthropologue américain (décédé l’an dernier) qui a collaboré avec Marshall McLuhan sur Understanding Media. Dans un texte écrit en 1956 pour la Chicago Review, The New Languages, il parle des mass médias ainsi:

English is a mass medium. All languages are mass media. The new mass media – film, radio, TV – are new languages, their grammar as yet unknown. Each codifies reality differently; each conceals a unique metaphysics.*

Un nouveau langage, un nouveau code, une autre façon d’appréhender et de comprendre le monde; un nouveau monde.

Notes:

Petit rappel à la réalité d’aujourd’hui, cependant, cette journée multi-écran a consommé 5 Go de bande passante, amenant notre consommation mensuelle à 80% de la limite mensuelle de 50 G0.

J’ai découvert Edmund Carpenter grâce à ce billet de Mitch Joel. Si vous ne connaissez pas cet expert montréalais du marketing social, il est à découvrir d’urgence.

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* le texte est accessible en ligne via la BAnQ, sur la base de données JSTOR.

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La route des hyperliens sur Google est jalonnée de détours inattendus.   Ainsi, en épluchant le « Rapport de surveillance des communications » du CRTC afin d’essayer d’apercevoir l’avenir des communications, j’ai suivi un itinéraire où est apparue l’image de fantôme ci-dessous…                          

D'un rapport aride du CRTC à une image de fantôme, en quelques clics, la magie du web!

  

Vous ne voyez pas le fantôme? Ce n’est pas grave, moi non plus! Mais la dame qui a envoyé la photographie au site About.com: paranormal phenomena est convaincue qu’il s’agit de la tête d’un homme avec une casquette qui s’est révélée sur sa photo après qu’elle l’ait prise.                           

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Ceci est la première image diffusée à la télévision américaine par la station W2XBS, New York-Channel #1.

C’était en 1928. Il s’agissait d’une figurine en papier maché de Félix le Chat , haute de 13 pouces, qui pivotait sur un tourne-disque afin de servir de mire (pour les boomers: c’est l’ancêtre de la tête d’indien. Pour les autres, allez voir sur wikipédia). L’image mesurait deux pouces et était diffusée environ deux heures par jour.

J’ai parfois l’impression que l’internet diffuse actuellement l’équivalent de cette figurine tournoyante.

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Et si on mariait les médias sociaux et la télévision, qu’obtiendrait-on?

On obtiendrait la Social TV, la télévision sociale, une notion qui figure sur la liste des dix technologies émergentes 2010 du MIT Technology Review. La télévision sociale, c’est la fusion de l’expérience réseaux sociaux avec l’écoute passive de la télévision traditionnelle. Les chercheurs de MIT,  par exemple, travaillent à développer une base de données qui compilerait des contenus via plusieurs sources, les enverrait vers votre appareil de télévision et  vous permettrait de communiquer avec votre réseau grâce à un application sur mobile.

Une notion qui séduit deux pionniers web/influenceurs/blogueurs , Martin Lessard (TV 2.0 : Sous les RT, la plage sociale?) et Laurent Maisonnave (Comment la Social TV rend notre société plus généreuse), pour qui la télévision sociale est l’inévitable prochaine étape de l’évolution de la télévision.

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Alors, quelles nouvelles de la santé de notre bonne vieille télévision ?

Assez bonnes, si on adopte le point de vue de la revue The Economist dans un dossier spécial publié en mai dernier: «Changing the channel».  Pourvue d’une grande faculté d’adaptation, — elle serait l’industrie médiatique qui s’adapte le mieux aux changements technologiques — elle résiste encore très bien aux assauts de la vague internet, au contraire de l’industrie du disque (dévorée par Napster et autres sites de partage de fichiers) et de la presse écrite (purgée de sa source de revenus principale, les annonces classées).

Quelques indicateurs de cette bonne santé :

  • L’animal humain a besoin de vivre au diapason de son groupe social. Dans ce nouvel univers de l’infinité des choix médiatiques, les attentes des téléspectateurs se sont transformées. Mais cela ne se traduit pas nécessairement par un changement de comportement.  ACB (Actual Consumer Behaviour), une entreprise anglaise de consultants spécialisée en comportement des consommateurs, a observé le comportement des gens devant la télévision et constaté que ceux-ci sous-estiment grandement le temps réellement passé devant la télévision.  Malgré toute la technologie rendant possible l’écoute des programmes à son gré, on veut encore vivre les grands événements télévisuels en même temps que tout le monde.

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Bon mon image est peut-être un peu boîteuse, mais c’est le sens que j’ai envie d’ajouter à ce très bon article de Marc Cassivi publié aujourd’hui dans La Presse: L’équipe B de TVA

Je recommande sa lecture à quiconque s’intérresse à l’avenir des médias citoyens.

Ce qu’il dit:

Avec la professionnalisation de la télé communautaire, devenue partout au Canada un ersatz de la télévision commerciale, le citoyen n’a plus la possibilité d’être un participant actif.

Cela m’amène une réflexion: est-ce que ce détournement d’un média qui devait être « la plateforme de libre expression citoyenne » par les plombiers du net présage de l’avenir qui attend les médias sociaux? Je tenterai de répondre en partie à la question dans un prochain billet sur la neutralité du net (sur lequel je planche depuis une semaine).


Le terme broadcasting est plus ancien que l’invention de la radio et de la télévision.  En 1813, broadcast désignait l’action de disséminer des semences. Son application à la nouvelle invention de la radio dans les années 1920 serait due à des ingénieurs en radiophonie du midwest américain.

Le broadcasting est depuis devenu la transmission unilatérale de signaux vers un grand nombre, une opération  « one-to-many ».

Au 21e siècle, le broadcasting est en voie de devenir une notion obsolète, un peu comme l’industrialisation de l’agriculture au 20e siècle a relégué l’image symbolique du semeur solitaire dans les oubliettes d’un passé lointain.

Avant que les organismes de radiodiffusion publique ne subissent le même sort, j’aimerais rappeler pourquoi on les a institués au 20e siècle.

Pourquoi au départ la radiodiffusion publique? Au Canada, la radiodiffusion a été désignée comme un service public parce qu’on a décidé que les ondes hertziennes étaient une ressource naturelle, donc une propriété publique qui devait être administrée par le gouvernement national.  Discours du Premier ministre de l’époque au moment de l’adoption de la première Loi sur la radiodiffusion en 1932:

L’usage de l’air, ou l’air même, comme vous voudrez, qui se trouve au-dessus du territoire canadien, constitue une ressource naturelle dont nous avons la juridiction complète en vertu de la récente décision du Conseil privé. (…) Dans ces circonstances (…) je ne pense pas que le Gouvernement aurait raison de laisser exploiter l’air par des particuliers plutôt que de le réserver pour le bien du pays.» R.B. Bennett

Dans un document qu’on peut trouver sur le site de l’Unesco « La radiotélévision publique: Pourquoi? Comment? » (1), on souligne que l’industrie de la radiodiffusion s’est développée selon trois grands modèles:

  1. Le modèle américain: le pays de la libre entreprise a décidé que la radiodiffusion servirait mieux le bien public si elle était livrée à la loi de l’offre et de la demande.
  2. Le modèle européen: où on préfère assurer un contrôle étatique sur cet instrument de diffusion de masse, rejetant l’idée que l’entreprise privée puisse s’occuper du bien public. C’est le cas de la France, par exemple,  où la radio et la télévision ont longtemps été un monopole d’État.
  3. Le modèle hybride: basé sur une méfiance envers les vertus du marché, mais également envers une implication trop directe de l’État. On crée une entreprise publique au service des citoyens autant éloignée du pouvoir politique que possible (« at arm’s length »). Développé par la BBC, importé au Canada par la suite.

Qu’il soit déterminé par une entreprise privée, l’État ou une entité investie d’une mission, le contenu diffusé sur les ondes hertziennes est toujours l’affaire d’une structure qui le dissémine à tout vent. C’est la prémisse sur laquelle est fondée, en tout cas ici au Canada, la notion de radiodiffusion publique.  Pas étonnant que dans le nouvel univers numérique ouvert à tous les producteurs/diffuseurs, cette notion paraisse si archaïque.

Il faudrait  commencer à s’intéresser sérieusement à la net neutrality, un principe qui recoupe tout à la fois les notions de qualité comme de quantité du contenu et de l’accès et aura sans doute des répercussions importantes sur l’univers numérique et ses impacts sur la société. Un peu comme le contrôle des « airs » était identifié comme une obligation gouvernementale au début de la radiodiffusion.

(1) Rédigé en 2000 par le Centre d’étude sur les médias de l’Université Laval à la demande du défunt Conseil mondial de la radiotélévision, qui était présidé par un ancien président de Radio-Canada, Pierre Juneau.


Pierre Kark Péladeau a publié dans Le Devoir du 31 mars une opinion intutilée « Le courage du CRTC« . En appui à Richard Martineau, qui accusait Radio-Canada de se plaindre le ventre plein (voir mon billet précédent), PKP salue le courage dont le CRTC a fait preuve en prenant soin d’exclure le radiodiffuseur public de sa décision sur la valeur des signaux de télévision.

Si l’objectif de ce papier était de renforcer la stratégie de Quebecor qui consiste à présenter Radio-Canada comme un service public qui a perdu son âme et détourne les fonds publics, je ne trouve pas les arguments présentés très convaincants.  Le lecteur – que j’imagine relativement averti – du Devoir devrait être en mesure de démonter cet argumentaire très rapidement.

Plutôt que de parler des cinq sources de financement nécessaires à CBC/Radio-Canada pour disposer d’un budget global d’exploitation de 1,7 milliard de dollars,  j’aurais dénoncé le fait que ses gestionnaires s’épivardent dans toutes sortes d’entreprises absolument non rentables (bonjour le gaspillage de fonds publics!) comme  des stations de télévision et de radio en français dans des régions où les francophones sont en très faible proportion, des réseaux de radio sans publicité ou encore des services de radio et de télévision en langues autochtones. Ce n’est pas Quebecor qui irait engager ne serait-ce qu’une parcelle de ses 3 milliards de revenus annuels dans de pareilles entreprises!

Rappeler que « l’avenir et la mission des télévisions publiques font l’objet d’interrogations dans la plupart des pays industrialisés » et que « à juste titre, plusieurs États imposent un cahier de charge à leurs diffuseurs publics afin de satisfaire les besoins des citoyens qui s’attendent de la part du télédiffuseur public à une orientation différente de celle des diffuseurs privés. » n’est pas très convaincant non plus. Ça ouvre grand la porte au contre-argument: oui, mais ces diffuseurs ont les moyens de leurs missions, ce que Hubert Lacroix a fait allègrement dans un communiqué publié aujourd’hui:

On nous fait souvent valoir que nous recevons 1,1 milliard de dollars de financement public et que cela devrait suffire. Le fait est que, grâce à ce milliard, nous exploitons 28 services et diffusons dans les deux langues officielles et en huit langues autochtones, sur six fuseaux horaires. La BBC reçoit un financement public de 7,5 milliards de dollars par an, France Télévisions et Radio France touchent conjointement 4 milliards de dollars, l’Allemagne, 10,7 milliards, et PBS et NPR aux États-Unis sont financées par des sources gouvernementales à hauteur de 1,2 milliard de dollars (étude Nordicité, chiffres de l’exercice 2007).

Non, pour ma part j’aurais plutôt fait un parallèle avec le plus grand des pays industrialisés, le numéro uno, les États-Unis où le système de radiodiffusion publique ne se mêle pas de marcher sur les plates-bandes des diffuseurs privés puisqu’il n’en n’a absolument pas les moyens, ni le mandat. Près de la moitié du budget total de 3 milliards de dollars de la radio et de la télévision publiques provient directement des poches des citoyens et des entreprises américaines qui veulent bien y contribuer par des donations.

Certains arguments par contre méritent d’être conservés. Celui du lien entre l’acquisition par Radio-Canada de séries américaines comme Beautés désespérées et le fait que celles-ci sont « sans retombées économiques ou culturelles locales », par exemple. C’est irréfutable, les aventures de ces beautés hollywoodiennes ne procurent aucun bénéfice direct à l’industrie culturelle locale, mais uniquement des profits pour le radiodiffuseur public qui s’empresse de les réinvestir dans des entreprises à haut risque, aux frais du contribuable. Par exemple: mettre à l’antenne des séries dramatiques comme Aveux  ou Belle-Baie, sans tenir compte du peu d’expérience en écriture télévisuelle des auteurs ou encore du fait que la production se fait à l’extérieur du Québec.

Mort d’un réseau public

Pendant ce temps, le réseau de télévision SCN va fermer ses portes en mai.

SCN c’est le Saskatchewan Communications Network, le réseau de télévision éducative public de la Saskatchewan.  Petit dernier des réseaux de télévision éducative provinciaux (naissance en 1991), SCN n’a pas l’envergure d’un Télé-Québec ou d’un TFO, avec son tout petit budget d’opération de huit millions de dollars par année. Sa disparition ne créera pas un grand vide dans le paysage télévisuel.

« SCN provided many important services and we are ensuring those continue, » Tourism, Parks, Culture and Sport Minister Dustin Duncan said. « The broadcast industry has changed drastically since SCN was created nearly 20 years ago. This was long before things like the internet and specialty channels were prevalent in our society. In addition, SCN’s viewership is quite low, and we feel that there is no longer a role for government in the broadcast business. »

Pierre Karl Péladeau devrait s’inspirer du gouvernement de la Saskatchewan. C’est tout simple, il fallait y penser, there is no longer a role for government in the broadcast business.

Au prochain billet, on se demandera pourquoi il y en avait un in the first place.


Tout a été dit et son contraire sur la décision du CRTC de permettre aux télévisions généralistes privées de négocier une entente avec les entreprises de distribution par câble et par satellite afin d’établir une juste valeur pour la distribution de leurs émissions. Je n’ai certainement pas l’intention d’en rajouter.

J’ai plutôt envie de signaler la panoplie d’opinions émises au sujet de cette décision et de ses impacts. Nous avons Richard Martineau, le chroniqueur pas du tout influencé par les intérêts de son employeur principal, qui en profite pour railler la déception de Radio-Canada et réitérer qu’avec plus d’un milliard de dollars en subventions du gouvernement, Radio-Canada joue déjà dans les plates-bandes du privé.

Il y a l’opinion assez majoritairement exprimée par les éditorialistes : les consommateurs seront les grands perdants de cette décision. Voir « Décision du CRTC – arbitre  fantoche « de  Marie-Andrée Chouinard dans Le Devoir, pour une opinion « haut de gamme » ou, à l’autre bout du spectre, «  Voulez-vous payer plus cher pour la télé? de Robert Savard (auteur d’une chronique Opinions sur le portail Sympatico.ca) et les commentaires qui l’accompagnent (Pourquoi les consommateurs devra toujours payer pour des imcompétants (sic), des personnes qui n’ont rien d’autres à faire que d’augmenter à peu près tout ce qui se trouve encore abordable. Ma décision est prise, pas question que je paie + que maintenant..)

Le rapport « Conséquences et pertinence d’un système de compensation pour la valeur des signaux de télévision locale«  qui accompagne la décision,  explique comment le CRTC en est arrivé à croire qu’une augmentation de la facture du câble n’aurait pas un impact très important:

(…) tant les niveaux d’abonnés que les revenus d’abonnement moyens par abonné des EDR ont augmenté de façon constante depuis 2002. (…)  les revenus d’abonnement moyens par abonné (pour le service de base et les autres), [ont atteint] un taux de croissance composé de 5,6 %. Au cours de la même période, le nombre total d’abonnés à des services de télévision d’EDR a augmenté chaque année sauf en 2004, passant ainsi de 9,3 millions à 10,9 millions d’abonnés, pour une augmentation totale de 17,2 %.

Le Conseil note toutefois qu’il est assez difficile de prédire les réactions des consommateurs, dont la colère peut avoir été attisée par les campagnes très efficaces des distributeurs et des radiodiffuseurs.

À mon avis, cette question de l’abordabilité de la télévision sera de moins en moins signifiante. Tout ceci, ce n’est que la pointe de l’iceberg, si je peux me permettre d’abuser de cette image.

Le CRTC a publié en février dernier un rapport très intéressant qui est à peu près passé inaperçu dans la presse francophone à ma connaissance, « Naviguer dans les eaux de la convergence: tableau des changements au sein de l’industrie des communications canadiennes et des répercussions sur la réglementation. » 

Je recommande la lecture de ce rapport à quiconque veut tenter de comprendre la très grande complexité dans laquelle le monde des communications navigue aujourd’hui. Ou, à défaut de comprendre, d’en avoir un aperçu assez fascinant.


Seth Godin, gourou marketing, ne regarde pas la télévision.  Il a mille milliards de choses à faire qui sont infiniment plus intéressantes, comme de lire un ou deux romans par soirée, ou d’écouter les mille opéras les plus percutants.

Pour appuyer son opinion sur la télévision, il fait un lien avec une présentation de Clay Shirky, gourou internet celui-là, pour qui la télévision est à la révolution numérique ce que le gin a été à la révolution industrielle. J’adore l’internet!  Pas d’autre façon de trouver en quelques clics des analogies aussi percutantes et d’apprendre un peu d’histoire de la société en même temps.  Qu’est-ce que je faisais avant?

La démonstration de Monsieur Shirky est convaincante malgré les déficiences de l’analogie. En quelques mots : la « technologie » qui a facilité la première phase de la révolution industrielle en Angleterre, c’est le gin. Dépassé par la soudaineté et la brutalité de la transition de la vie rurale à la vie urbaine, le peuple  s’est abruti dans une beuverie qui lui a permis de supporter les épouvantables conditions de vie et de travail causées par l’automatisation des procédés de production.  Les institutions associées à l’ère industrielle, la démocratisation de la culture, de l’éducation et de la politique, sont apparues quand l’Angleterre a émergé de sa brume éthylique et envisagé l’urbanisation comme un avantage plutôt qu’une crise.

Et en quoi la télévision est-elle  le gin du peuple? Au cours des cinquante dernières années, le peuple gaspille ce temps libre dont il bénéficie depuis depuis la fin de la deuxième guerre mondiale en s’abrutissant devant la télévision. Mais il commence à émerger de cette brume cathodique grâce à la révolution numérique. Les heures passées à ne rien faire devant un poste de télévision sont en train de se transformer en heures productives à participer, par exemple, à la rédaction d’un article sur Wikipedia, ou encore à un jeu vidéo en ligne.

Cette idée que regarder la télévision est une vaste perte de temps n’est pas nouvelle, on s’en doute. En 1961, le président de la FCC (le CRTC américain), Newton N. Minow, dans un discours (devenu historique) à la National Association of Broadcasters, a comparé la télévision à un “vast wasteland”:

But when television is bad, nothing is worse. I invite each of you to sit down in front of your television set when your station goes on the air and stay there, for a day, without a book, without a magazine, without a newspaper, without a profit and loss sheet or a rating book to distract you. Keep your eyes glued to that set until the station signs off. I can assure you that what you will observe is a vast wasteland.

You will see a procession of game shows, formula comedies about totally unbelievable families, blood and thunder, mayhem, violence, sadism, murder, western bad men, western good men, private eyes, gangsters, more violence, and cartoons. And endlessly commercials — many screaming, cajoling, and offending. And most of all, boredom. True, you’ll see a few things you will enjoy. But they will be very, very few. And if you think I exaggerate, I only ask you to try it.

Près de cinquante plus tard, on peut presque dire la même chose de la télévision d’aujourd’hui. Pas étonnant que les influenceurs américains la dénigrent  ainsi. Il est intéressant de noter que les États-Unis sont pratiquement le seul pays industrialisé à ne pas avoir de système de radiodiffusion publique comme on l’entend ici: une institution forte mandatée et financée par le gouvernement pour offrir une programmation diversifiée d’intérêt public qui s’adresse à l’intelligence et au sens civique des citoyens. Le pays de la libre entreprise a laissé le marché s’occuper de l’intérêt public, ce qui s’est traduit par: ce qui devrait attirer la plus forte proportion possible du public de la façon la plus élémentaire possible.

À l’Âge de la télévision, les moyens de communication et de production de masse étaient entre les mains de quelques-uns et on pouvait les contrôler par la réglementation afin d’empêcher que le plus bas dénominateur commun ne prévale.

Si nous nous dirigeons vers une ère de prise en charge de ces médiums par la population, d’où viendra le contrôle, mais surtout, quelle forme prendra-t-il?




  • Danielle-Desjardins_1024x820_B&W_IMG4943

    PDG et unique employée de La Fabrique de sens, la boîte qui traite l'infobésité.
    Spécialiste des médias. Fouineuse impénitente, collectionneuse d'information utile et inutile et tisseuse de liens cachés. Je réfléchis aux médias et aux communications à l’ère numérique. J'élargis de plus en plus mon champ d'observation à l’impact de la révolution numérique sur les toutes les strates de la société.
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