Posts Tagged ‘consommation des médias’


Un ajout à mon billet d’hier qui se conclut sur une citation d’Edmund Carpenter, un anthropologue ami et collaborateur de Marshall McLuhan.

Dans son texte « The New Languages », Edmund Carpenter explique l’impact des médias sur les valeurs de notre société d’une manière particulièrement en phase avec le contexte d’aujourd’hui:

Each medium, if its bias is properly exploited, reveals and communicates a unique aspect of reality, of truth. Each offers a different perspective, a way of seeing an otherwise hidden dimension of reality. It’s not a question of one reality being true, and others distortions. One allows us to see from here, another from there, a third from still another perspective….New essentials are brought to the fore, including those made invisible by the « blinders » of the old language….This is why the preservation of book culture is as important as the development of TV. This is why new languages, instead of destroying old ones, serve as a stimulant to them. Only monopoly is destroyed….The appearance of a new medium often frees older media for creative effort. (173-179)

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Les ados d’aujourd’hui sont nés avec ces technologies de la connectivité qui bouleversent notre monde. Pour eux par exemple, vivre sa vie sociale sur un écran d’ordinateur c’est aussi normal que de faire jaillir la lumière au simple toucher d’un interrupteur.

J’ai la chance d’avoir accès à un laboratoire d’observation fascinant grâce à mon propre échantillon maison d’ado tout à fait typique. Mon ado maison fait partie de la génération de la dernière lettre de l’alphabet, la génération Z (aurait-on atteint la fin des générations?). Elle possède un ordinateur portable, un iPod dernière génération et surtout un compte Facebook depuis plusieurs années (oui, depuis avant ses 13 ans, et je l’ai laissée faire…) et plus de 800 amis.

Récemment, mon ado maison m’a donné l’occasion d’observer le rapport de la génération Z avec la télévision.

Un deuxième écran pour la télévision? Pourquoi pas trois ou quatre?

Ado Maison suit les Jeux Olympiques religieusement. Elle s’intéresse particulièrement aux épreuves de gymnastique artistique parce qu’elle a déjà pratiqué cette discipline elle-même. La gymnastique a ceci de particulier que les athlètes font une rotation autour de  quatre appareils et que le tout se déroule en même temps. Jeudi dernier, Ado Maison a suivi son idole  Gabrielle Douglas et les autres membres de l’équipe américaine grâce à quatre écrans: le téléviseur, son ordinateur portable, son iPod et mon iPhone, le tout en textant ses commentaires sur son téléphone ou en les écrivant via Facebook à ses copines elles aussi branchées devant de multiples écrans.

Elle a ainsi pu suivre les performances qu’elle voulait voir en direct plutôt que d’attendre de les voir selon une séquence proposée par la télévision. Elle a en quelque sorte produit sa propre émission de télévision, tout en divisant son attention sur tous ces écrans.

De mon poste d’observation, j’ai entrevu l’avenir de la télévision telle qu’elle sera consommée par cette génération: multi-écran, sociale et connectée.

Mais surtout, j’ai compris que cette génération maîtrise déjà un nouveau langage qui codifie la réalité autrement.

Cette dernière observation, je l’emprunte à Edmund Carpenter, un anthropologue américain (décédé l’an dernier) qui a collaboré avec Marshall McLuhan sur Understanding Media. Dans un texte écrit en 1956 pour la Chicago Review, The New Languages, il parle des mass médias ainsi:

English is a mass medium. All languages are mass media. The new mass media – film, radio, TV – are new languages, their grammar as yet unknown. Each codifies reality differently; each conceals a unique metaphysics.*

Un nouveau langage, un nouveau code, une autre façon d’appréhender et de comprendre le monde; un nouveau monde.

Notes:

Petit rappel à la réalité d’aujourd’hui, cependant, cette journée multi-écran a consommé 5 Go de bande passante, amenant notre consommation mensuelle à 80% de la limite mensuelle de 50 G0.

J’ai découvert Edmund Carpenter grâce à ce billet de Mitch Joel. Si vous ne connaissez pas cet expert montréalais du marketing social, il est à découvrir d’urgence.

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* le texte est accessible en ligne via la BAnQ, sur la base de données JSTOR.


Pour ce billet, je vais laisser mes neurones se reposer et me contenter de citer un auteur que j’aime beaucoup.

Il s’agit de Jonathan Franzen, un écrivain américain dont le dernier roman, Freedom, sera publié le le 31 août.

Dans une entrevue donnée au magazine  Time de cette semaine, il explique que les romans doivent survivre à la révolution médiatique parce qu’ils ont une utilité sociale que n’ont pas les autres médias: ils sont un moyen de plonger au fond de soi pour y trouver authenticité et engagement.

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Alors, quelles nouvelles de la santé de notre bonne vieille télévision ?

Assez bonnes, si on adopte le point de vue de la revue The Economist dans un dossier spécial publié en mai dernier: «Changing the channel».  Pourvue d’une grande faculté d’adaptation, — elle serait l’industrie médiatique qui s’adapte le mieux aux changements technologiques — elle résiste encore très bien aux assauts de la vague internet, au contraire de l’industrie du disque (dévorée par Napster et autres sites de partage de fichiers) et de la presse écrite (purgée de sa source de revenus principale, les annonces classées).

Quelques indicateurs de cette bonne santé :

  • L’animal humain a besoin de vivre au diapason de son groupe social. Dans ce nouvel univers de l’infinité des choix médiatiques, les attentes des téléspectateurs se sont transformées. Mais cela ne se traduit pas nécessairement par un changement de comportement.  ACB (Actual Consumer Behaviour), une entreprise anglaise de consultants spécialisée en comportement des consommateurs, a observé le comportement des gens devant la télévision et constaté que ceux-ci sous-estiment grandement le temps réellement passé devant la télévision.  Malgré toute la technologie rendant possible l’écoute des programmes à son gré, on veut encore vivre les grands événements télévisuels en même temps que tout le monde.

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En 2006, un article sur le jeu vidéo les Sims avait attiré mon attention dans le New York Times à cause de cette déclaration d’une fillette:

« I like Sims more than other games, and Sims is way more fun than TV because TV gets so boring — you just stare at a screen and watch and watch and watch, » Francesca said in her (real) airy playroom as she tinkered with the layout of the new (imaginary) home office she was designing on the monitor connected to her Dell computer. « But in The Sims you make your own characters and give them a personality and give them stuff and build their houses and make them live. »

À l’époque, j’avais cru y voir l’amorce d’une transformation dans les habitudes de consommation des médias par les enfants: de la consommation passive de la télévision (you just watch and watch and watch) à la consommation active de jeux vidéos où l’enfant est le scénariste.

En fait, selon  une étude de la Kaiser Family Foundation portant sur la place des médias dans la vie des jeunes américains de 8 à 18 ans, la télévision est toujours le média de choix pour ceux-ci. Son écoute a même augmenté, passant de 3 heures 47 minutes en 1999, à 4 heures 29 minutes en 2009. Ce qui a changé, c’est la plateforme sur laquelle les jeunes écoutent la télévision: près d’une heure de cette écoute est maintenant passée sur d’autres plateformes que l’appareil de télévision (Internet, ipod/Mp3, cellulaire).

Autre statistique intéressante tirée de cette étude: les jeunes passeraient sept heures et demie par jour à consommer un média (télévision, musique, ordinateur, jeux vidéos, imprimés et cinéma). En ajoutant à cette équation le facteur de la consommation simultanée, une pratique très répandue chez les jeunes, l’étude calcule que ceux-ci sont exposés chaque jour à 10 heures et 45 minutes de contenu média.

L’étude signale que les plus gros consommateurs de média sont ceux qui expriment le plus bas niveau de satisfaction personnelle (nombre d’amis, relations avec les parents, attitude face à l’école). Tout en avertissant que rien ne démontre qu’il y ait un lien direct entre les deux données.




  • Danielle-Desjardins_1024x820_B&W_IMG4943

    PDG et unique employée de La Fabrique de sens, la boîte qui traite l'infobésité.
    Spécialiste des médias. Fouineuse impénitente, collectionneuse d'information utile et inutile et tisseuse de liens cachés. Je réfléchis aux médias et aux communications à l’ère numérique. J'élargis de plus en plus mon champ d'observation à l’impact de la révolution numérique sur les toutes les strates de la société.
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